Regards croisés

La turbulence, l'opportunité du stratège ?

#FuturDeLEntreprise #Stratégie #Incertitude

Frédéric Fréry, professeur à l'ESCP Europe et à l’École Centrale Paris, enseigne l’innovation stratégique et le management. Christian Montjou, spécialiste des civilisations anglo-saxonnes, agrégé de l'Université, intervient en entreprises pour aborder des questions managériale à partir de supports culturels décalés. Tous deux aident à décrypter le lien complexe mais fécond entre stratégie et incertitude.

Pour beaucoup d'observateurs, nous vivons dans un monde de plus en plus turbulent. Ce constat signerait-il alors la fin de la stratégie ? Faire de la stratégie en entreprise impose en effet une certaine prévisibilité pour allouer des ressources. "Mais vivons-nous réellement dans un monde plus incertain que par le passé? " lance en guise de préambule Frédéric Fréry. "Les étudiants que je côtoie ne trouvent pas le monde imprévisible. Selon moi, ce sont juste les gens qui ont vieilli qui pensent ainsi." Pour Frédéric Fréry, le monde n'est donc pas plus incertain que par le passé, il serait même beaucoup plus décryptable. De son côté, Christian Montjou l'affirme, grâce aux nouvelles technologies et à l'accès à l'information, "nous n’avons jamais eu autant de moyens de comprendre le monde". En revanche, il ne peut pas y avoir d'innovation sans déstabilisation. "Les fenêtres d’opportunité ne sont jamais aussi largement ouvertes que lorsque les certitudes vacillent et que les acquis s’émiettent".

Prospérer dans l'imprévu

"La confrontation à l’incertitude oblige à changer de posture", explique le professeur en management. Ainsi, beaucoup de grandes entreprises sont nées par temps de crise, à l’image de Rockefeller et de Carnegie qui ont bâti leur empire à l’occasion de la dépression des années 1870. Le monde "culturel" regorge aussi d'exemple. Christian Montjou, explique ainsi que le surgissement du nouveau entraine l'innovation. Mais plus surprenant, le resurgissement de l'ancien aussi. Pour preuve, le succès de la Fiat 500 relookée. Les deux homme l'affirment sans hésitation : "l'incertitude serait une opportunité stratégique, plus qu'une menace !" Il s'agit donc de passer d'une vision apeurée de la turbulence à une opportunité qui appelle l'engagement. Une chose est certaine, accepter l’incertitude c’est être stratège. "Et faire de la stratégie, ce n’est ainsi pas gérer des risques, c’est prospérer dans l’imprévu".

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