Regards croisés

L’Arctique, nouveau théâtre des relations internationales ?

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Quelle place pour la France en Arctique ? Thierry Garcin, politologue, chercheur, enseignant et producteur de radio, et Laurent Mérer, ancien officier de marine et préfet maritime, éclairent sur la géopolitique de l'Arctique, ses défis comme ses promesses pour les entreprises françaises.

Océan glacial… L'Arctique évoque à la fois les baleiniers européens sillonnant ses eaux, les expéditions polaires dans les glaces du grand nord ou encore les récits fantastiques de Jules Verne. "L'arctique cet océan plat, entouré de terre", pour reprendre les termes de Thierry Garcin, fait rêver depuis des siècles. Avec ses 18 millions de km2, sept fois la superficie de la Mediterrannée, et 20% des richesses inexploitées de la planète, l'océan glacial arctique s'avère à la fois un défi et une promesse.

Histoire d'un engouement

Dans les années 90, une véritable euphorie s'empare des pays occidentaux. Sous l'effet du réchauffement de la planète et de la réduction de la banquise pendant les mois d'été, ils entrevoient un nouvel eldorado. "Notamment de nouvelles routes maritimes s'ouvrant au trafic des marchandises le long de la Russie et du Canada", explique Laurent Merer. En 2009, Michel Rocard, nommé ambassadeur de France pour l'Arctique, défend l'idée d'un statut spécifique. "Cette ambition française était une illusion et une erreur de diagnostic", analyse Thierry Garcin. Les six pays frontaliers de l’Arctique (Etats-Unis via l’Alaska, le Canada, la Russie, l’Islande, la Norvège et le Danemark via le Groenland) rejettent vivement cette politique de sanctuarisation. "En Arctique, les enjeux sont climatiques, environnementaux, économiques, commerciaux, politiques, juridiques et stratégiques", poursuit le chercheur. Par ailleurs, la Russie s'y impose localement avec la force d'une grande puissance. "Cet océan glacial reste éloigné, froid, dangereux, hostile à l’homme et aux machines", précise Thierry Garcin. Dans ce contexte, la Russie possède une volonté, une politique, l'expérience et les moyens financiers. "Elle a aussi l’avantage stratégique colossal de posséder une flotte de quarante brise-glaces capables de traverser le pôle Nord toute l’année, dont six brise-glaces nucléaires, sans équivalent dans le monde", précise Laurent Merer.

Quels enjeux pour la France ?

Alors, quels enjeux en Arctique, sachant qu'ils sont liés à l'immense paradoxe du réchauffement climatique ? Avec réalisme, les espoirs ont été réévalués à la baisse. Aujourd'hui, on privilégie le pragmatisme. Mais concrètement, quelle est la réalité de ces perspectives pour les entreprises françaises et européennes ? Pour Laurent Merer, "les secteurs d'excellence à promouvoir en Arctique sont ceux qui concernent les câbles sous-marins, le gaz, les télécommunications et les bases vie dont la France a déjà une belle expertise  en Antarctique." Mais aussi la recherche scientifique. L'officier de marine met cependant en garde contre la tentation d'une vision trop occidentale. Ce nouveau théâtre s'ouvre aussi aux pays asiatiques, notamment à la Chine. Alors, prêts pour l'aventure ?

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