Regards croisés

L’innovation, fruit de l’incompétence?

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Et si pour réussir, il fallait volontairement se remettre en situation d’incompétence ? Maximilien Brabec qui accompagne de nombreuses start-ups et entreprises sur les questions d’innovation explique avec Hélène Mugnier, historienne de l’art et sismographe des mutations, pourquoi il est nécessaire de se départir des savoirs du passé pour réinventer le futur.

Il y a innovation quand il y a impasse ! La formule est choc, mais elle a le mérite d’être claire. Prenez les impressionnistes, explique Hélène Mugnier, « ils ont créé ce mouvement parce que l’arrivée de la photographie et de l’instantanéité menaçait directement la peinture.» Pour Maximilien Brabec, « les gens qui réussissent à créer de la valeur, ce sont des équipes commandos qui ont conscience de leur mort imminente ! ». C'est au pied du mur que se dessine un parcours d’explorations successives qui permet de faire jaillir une innovation majeure. «Les entreprises qui réussissent sont celles qui savent se remettre dans un cycle d’incompétence pour apprendre ». Autrement dit, qui sont à la fois dans l’exploitation permanente et l’exploration permanente. Mais, précise Hélène Mugnier, qui restent centrées sur un ou deux objectifs. « Une entreprise ne devrait avoir qu’un ou deux «essentiels», 95% des slides que je vois passer sur «nos missions», n’ont absolument aucune vision.»

L’art de sauter dans le vide et d’expérimenter

Pour retrouver le sens de l’innovation, Maximilien Brabec a inventé le concept du « cradotest ». Un bricolage savant qui vise à vérifier des hypothèses de faisabilité par une confrontation terrain sans indulgence réalisée dans un délai très court et avec des moyens rudimentaires. « Un projet, si on lui donne trop d’argent, il ne saute pas dans le vide ». Une série de cradotests permet ainsi des expérimentations pour transformer les hypothèses au départ« sauvages » en précisions « fondées ». Et obtenir à l’arrivée un maximum de retours d’expérience.

Pour Hélène Mugnier, l’innovateur par excellence, celui qui cherche, tâtonne, expérimente et saute dans le vide sans filets, c’est l‘artiste. Mais attention, pas n’importe lequel. Celui qui gratte, pas celui qui flatte. Celui qui donne à voir l’invisible, qui dérange, qui interroge, qui questionne et transforme. « Dans les formations que je fais aux entreprises » explique t-elle « je demande aux managers : c’est quoi un artiste pour vous? On me dit généralement que c’est quelqu’un de sensible, de déconnecté de la réalité, de peu lié à l’argent. Je réponds donc que les entreprises ne sont pas innovantes lorsqu’elles rejettent cette sensibilité particulière de l’artiste.» Alors, prêts à vous placer consciemment en état d'incompétence pour booster votre capital innovant ?

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