3 questions à Vaiju Navarane

Osez votre féminin !

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Correspondante à Paris pour le quotidien "The Hindu", éditrice de littératures étrangères chez Albin Michel mais aussi professeur à l'université Ashoka et romancière, Vaiju Naravane explore depuis trente ans la condition des femmes en Inde et les révolutions en cours. La richesse du féminin est l'un des thèmes qui traverse sa réflexion. Eclairage.

Comment définissez-vous le féminin ?

En Inde, nous avons toujours vénéré le Shakti, la puissance féminine créatrice. Nous parlons aussi de la part de féminin qui existe en chaque homme et nous avons des sculptures qui sont moitié homme et moitié femme. Mais en même temps, notre société est très misogyne. En Inde, nous discriminons les femme et nous pratiquons le foeticide féminin. Les filles sont considérées comme un fardeau économique par leurs parents en raison du système de la dot. La dot a été interdite par la loi dans les années 60 mais notre état de droit progresse lentement. Nous n'avons pas comme en France, un état protecteur. C'est donc la famille qui protège les individus et elle est toute puissante. Il est très difficile de s'en libérer, même pour les jeunes les plus modernes. Les changements sociétaux prennent du temps. Pour surmonter cette souffrance, c'est à dire vivre, s'épanouir, exister, les femmes ont dû montrer une remarquable résistance face à l'adversité. Le féminin se définit ainsi par une histoire de résistance et de résilience pour s'extraire de la servitude et de la souffrance.

A t-il une vision du monde particulière ?

Le féminin a une vision du monde, dite "holistique". Il consiste à le voir dans sa globalité. L'approche est à la fois physique, mentale, émotionnelle, familiale, sociale, culturelle, spirituelle. Il se traduit notamment par un sens de l'écoute et un souci des autres particulièrement développé. Nous avons fait des études sociologiques en Inde sur le management au féminin. Nous y avons décelé une vraie spécificité. C'est un management très efficace mais moins brutal basé sur l'empathie, l'intuition, l'adaptation. Et ce sont des qualités qui favorisent l'innovation.

Avez-vous des exemples ?

J'aime citer Kiran Mazumdar-Shaw qui a fondé Biocon, leader mondial de la biopharmacie. Son entreprise développe des produits tels que l'insuline humaine ou des traitements anticancéreux. Partie de rien, cette chef d'entreprise brasse un chiffre d’affaires d’un milliard de dollars grâce à ses innovations et un management salué par tous. Mais elle a en parallèle mis toute son énergie à améliorer les soins de santé pour les plus pauvres en zones rurales. Elle a lancé des campagnes de vaccination et d'éducation sanitaire ainsi qu'un réseau de dispensaires gratuits. Je pense aussi à cet entrepreneur indien, Arunachalam Murugananthamissu, d'un milieu très pauvre. Il a changé la vie de centaines de milliers de femmes en Inde en inventant des protections mensuelles très peu chères à base de déchets recyclés. Il est allé aux delà des tabous de notre société, il a laissé parler sa part de féminin et d'empathie pour que les femmes pauvres puisse bénéficier de cette innovation extraordinaire. Il fallait oser ! C'est ça aussi la grande richesse du féminin.

Retrouvez, Vaiju Naravane et Mei Yi Zhu, ancienne journaliste internationale et conseillère municipale à Shangaï, dans un Regard croisé sur la richesse du féminin pour notre humanité. L’Inde et La Chine

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